Interview d’Arnaud Mayer, PDG du groupe Evaco sur les 50 ans d’indépendance de l’île Maurice

Dans le cadre des 50 ans de l’indépendance, le Président-directeur général du groupe Evaco Arnaud Mayer revient sur le remarquable parcours de l’île Maurice en ce qui concerne le développement économique et social. Si le gouvernement mauricien s’embarque de plain-pied dans la modernisation du pays, plusieurs autres aspects sont à revoir à l’instar de l’urbanisation.

Arnaud Mayer, PDG du groupe Evaco

> Quel regard portez-vous sur les 50 ans d’indépendance de l’île Maurice ?

Quand la Grande Bretagne a permis à Ile Maurice de prendre son indépendance en 1968, le pays s’est retrouvé soudainement dans le vide. Il nous a fallu apprendre à voler de nos propres ailes. La situation économique était difficile et nous n’avions plus le soutien d’une puissance étrangère. Cette situation a eu des retombées positives car les dirigeants d’alors ont été amenés à trouver des solutions pour pouvoir développer notre économie et ainsi subvenir aux besoins d’une population encore considérée comme pauvre.

L’indépendance a été une excellente opportunité car cela a obligé le pays à se réinventer en mettant en place sa propre politique économique et en attirant un savoir-faire étranger dans plusieurs domaines et ainsi développer de nouveaux secteurs d’activités tels que le textile. L’économie s’est peu à peu diversifiée pour enfin réduire la part de la canne à sucre, l’industrie prédominante à l’époque, à uniquement 3% du Produit Intérieur Brut (PIB).

Aujourd’hui, tous les Mauriciens peuvent être fiers de ce “success story” hors norme d’un petit pays par sa taille mais immense par sa réussite d’avoir accompli de grandes choses aussi bien au niveau économique qu’au niveau social. N’oublions pas que tout cela s’est fait à travers une population arc-en-ciel de communautés et de religions variées avançant “main dans la main” pour reprendre le slogan de ce cinquantième anniversaire. Soyons tous fiers d’être Mauricien car nos aïeux ont façonné ce pays et il est de notre responsabilité de préserver cet héritage en continuant le travail pour nos enfants.

L’île Maurice a connu pas mal de progrès depuis 1968 notamment sur le plan économique. Selon vous quels sont les facteurs qui ont contribué au développement du pays ?

Au moment où nous nous sommes retrouvés à voler de nos propres ailes après l’indépendance, les politiciens et chefs d’entreprise de cette époque ont eu l’intelligence et la vision de collaborer afin de créer les conditions favorables au développement économique. Les gouvernements successifs ont toujours placé l’économie au premier plan. Il fallait absolument développer les entreprises afin de créer des emplois et ainsi subvenir aux besoins de la population. Les autorités ont vu juste en baissant graduellement la fiscalité et en ouvrant les frontières mauriciennes aux étrangers afin que ces derniers transmettent leur savoir-faire dans divers domaines. S’en est suivi un partage de connaissances qui a facilité le développement de nouveaux secteurs à partir des années 80.

Grâce à une grande ambition, de la solidarité et beaucoup d’effort, les Mauriciens ont ainsi prouvé leur valeur. Par rapport à d’autres pays du monde, nous avons une population ambitieuse d’entrepreneurs pour qui tout semble possible. Il est important que les jeunes d’aujourd’hui conservent la culture de l’effort et du travail qui a permis à nos ainés de réussir ce pari.

Aujourd’hui tous les Mauriciens peuvent être fiers de ce “success story” hors norme d’un petit pays par sa taille mais immense par sa réussite d’avoir accompli de grandes choses aussi bien au niveau économique qu’au niveau social.

L’aménagement territorial est un sujet qui suscite de nombreux débats. Sommes-nous dans le droit chemin quant à l’urbanisation ?

À Maurice, l’urbanisation est un sujet très complexe. Des efforts ont été entrepris depuis des années par les différents gouvernements successifs pour développer notre réseau routier. Des fonds colossaux sont déboursés pour décongestionner le pays et mettre en place un réseau routier moderne et efficace. Pour moi, c’est une très bonne initiative et cela devait être fait. Mais au-delà de ces investissements, je pense que nous devons faire des efforts additionnels quant à l’aménagement des villes et des centres urbains. Cela n’a pas vraiment été pris en compte sérieusement jusqu’à présent. Je pense à l’installation de trottoirs, les éclairages publics, l’embellissement et l’entretien des façades, la disponibilité des places de parking, etc.

De plus n’oublions pas que Maurice est une île et que le tourisme est un des nombreux piliers de notre économie. À ce jour, on s’est concentré essentiellement sur l’aménagement routier en délaissant notre littoral dont nos stations balnéaires telles que Grand-Baie, Tamarin, Trou d’Eau Douce etc. Je suis d’avis qu’il faut rapidement s’attaquer à la rénovation en profondeur des villages côtiers dont l’état actuel ne reflète en rien nos ambitions touristiques. Nos stations balnéaires sont confrontées à de nombreuses problématiques telles que l’insalubrité et la mauvaise gestion des plages, l’indisponibilité d’espace de parking, le manque d’aménagement des fronts de mer sans compter le laisser aller quotidien au sujet des vendeurs de rue, des squatters, etc. Pourtant, l’île Maurice mise gros depuis de nombreuses années sur le tourisme et les investisseurs étrangers. Nous sommes cependant très en retard quand il s’agit de la qualité de nos infrastructures côtières.

> L’économie mauricienne poursuit sa diversification. Quelle est selon vous la contribution du marché immobilier ?

L’immobilier et la construction contribuent de façon significative à l’économie mauricienne. Les chiffres nous le prouvent.  La part de l’immobilier dans l’investissement direct étranger (FDI) représente, selon les années, entre 40 à 75%. La promotion immobilières et la construction représentent 10% du Produit Intérieur Brut (PIB) alors que, par exemple, la contribution en provenance de l’hôtellerie et la restauration s’élève à 7%. Aujourd’hui nous estimons que le nombre d’emplois directs et indirects lié au secteur de l’immobilier et de la construction dépasse 80 000. Ce secteur est aujourd’hui un pilier à part entière de notre économie.

Selon vous, de quelle manière le marché va-t-il être amené à évoluer dans les prochaines années ?

Le marché immobilier va définitivement poursuivre son évolution. La qualité et le niveau de confort des biens vont continuer à s’améliorer. Même en ce qui concerne les logements sociaux, le gouvernement fait de grand efforts afin de proposer des produits mieux conçus et plus confortables. Toutefois, il faut réaliser que nous sommes sur une île et que les terrains sont limités donc de plus en plus chers. Les Mauriciens devront s’habituer de plus en plus à habiter dans des appartements en laissant de coté leurs ambitions de maisons individuelles car les prix de ces dernières prendront l’ascenseur dans les années à venir.

> Comment le groupe Evaco s’adapte-t-il à cette évolution ?

Le groupe Evaco poursuit sa monté en gamme à travers la recherche de nouvelles technologies de construction grâce à son département de recherche et développement. Notre objectif étant d’éliminer les défauts de construction tout en inventant de nouveaux concepts de lifestyle hors du commun. Nous lancerons bientôt deux projets qui vont révolutionner le paysage immobilier de l’île Maurice.

> L’île Maurice reste encore concernée par le chômage. Comment la stratégie de développement du groupe Evaco s’attelle à ces problèmes ?

Notre groupe a accéléré son recrutement depuis plus d’un an. Nous compterons plus de 700 collaborateurs au mois de Mai 2018. Le chômage est un sujet complexe à Maurice. Il y a de nombreux emplois à pourvoir à travers l’ile et ces emplois ne trouvent pas preneurs. D’où l’emploi important d’étrangers afin de subvenir aux besoins des entreprises. Il faut réaliser qu’un employé étranger, fusse t-il un cadre ou un ouvrier, coûte plus cher qu’un Mauricien. La majorité de nos concitoyens ne veulent aujourd’hui plus travailler dans certain secteurs d’activités tels que la construction, le textile, l’hôtellerie car ces emplois sont considérés plus pénibles. Les jeunes recherchent des horaires moins longs et préfèrent travailler dans le secteur public quitte à gagner moins. Il est important de se ressaisir car le Mauricien perd de plus en plus la culture de l’effort et du travail qui a fait le succès du pays.

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